samedi 24 mars 2007

Le train Passe....Philippe Constantin


Le train passe. C’est une fenêtre. Un regard vers l’extérieur.
Un œil en soi à l’affût du paysage mobile. Car il en est ainsi ;
Le paysage se doit d’être un de ces compagnons de voyage qui change selon la saison du regard. Quand bien même l’œil de l’objectif puisse parfois l’arrêter, par jeu, un instant sur le fil de sa promenade.

Vu de l’extérieur, bien sûr, il prend comme un dérivatif le droit de s’amuser à rendre ou non au paysage sa fluidité naturelle. Son dessein est la mouvance, sa chimie dans le devenir. Ici on peut le fixer dans sa course comme si le temps lui-même n’était qu’un mot à suspendre dans une phrase. Mais là soudainement, alors que le monde extérieur avait cette solidité et cette netteté des choses claires que l’on aime car on ne peut s’y accrocher, tête et cul comme des singes sur la tangente de l’horizon, le voilà se déliter dans les zones les plus floues de notre esprit. Tout est pris de vitesse, comme pour se perdre dans la confusion. Mais je peux parler bien sûr d’une confusion organisée, de traits qui s’estompent dans un espace qui n’existe déjà plus, alors qu’on le croyait encore à venir.

Une fenêtre est donc cela. Un regard neuf et ouvert sur le monde et qui le contemple d’un point de vue qui n’est plus celui de FLAUBERT ni PIRANDELLO. Certes, il garde l’idée du cadre. D’une chambre familière et pourtant inconnue. ce serait, pour mieux dire, une mise en abîme qui nous fait reculer dans le plus lointain de l’image, qui nous happe, afin de nous faire resurgir plus en avant dans la lecture et la compréhension. Une lecture qui dit à l’endroit un monde où les reflets ne sont plus. Comme si le verre, miroir au travers duquel passer, s’estompait pour laisser s’organiser derrière les lumières vives d’un trajet, le fil d’une histoire à inventer.

Mais on surprend soudainement dans ce jeu à sentir l’odeur de la fausse moleskine des sièges, celle du verre froid de la vitre, de la fumée des mégots, du métal. On se surprend à entendre le bruit lancinant des roues, la répétition monotone des traverses sur le ballast, comme une déchirure permanente dans l’air. Il y a tous nos souvenirs de chaque voyage qui ressurgissent, alors que rien ne nous les montre.
On devine presque, dans ce tempo régulier, des images crayonnées au fusain et à la bruine.

Cà et là les signes d’une écriture nous nous rappellent à ce monde où s’écrivent nos pensées et nos sentiments, nos ordres et nos désordres. Comme si finalement, l’alphabet s’amusait à ne définir que la limite du tangible, à nous mettre sur les rails d’une raison oscillant entre chien et terre. Les mots se jouent alors à leur tour à être des fenêtres qui ouvrent sur la voie et nous emportent comme des enfants dans des rêves idiots d’un voyage sans fin. C’est peut-être pour cela qu’on ne ressent nulle impatience dans ces images. Pour cela qu’on se laisse prendre au jeu, qu’on se laisse perdre, qu’on se laisse retrouver et réinventer aussi l’enfance de nos paysages.

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